Surf : « C’est exceptionnel de pouvoir se dire qu’on a compté parmi les premiers », se réjouit Marie-Christine Delanne, pionnière de la discipline en France

Cet été, « 20 Minutes » part à la rencontre de surfeuses passionnées de sensations fortes et d’immensités bleues.Exploits sportifs, dépassement de soi, soif d’aventure… Toutes ont dédié leur vie aux vagues et ont tenté de repousser les limites du corps et de l’esprit.Ce quatrième épisode est consacré à Marie-Christine Delanne, l’une des pionnières du surf en France dans les années 1960.

Quand on évoque les prémices du surf en France, on pense très vite aux pionniers de la discipline à la fin des années 1950, tels que Joël de Rosnay ou Jacky Rott. Mais parmi les rares à l’époque à défier les éléments, quelques femmes ont aussi marqué les premières pages de l’histoire de ce sport dans l’hexagone, à l’image de Marie-Christine Delanne.

Avant de se consacrer au journalisme, elle s’est illustrée sur les vagues de la côte basque dans les années 1960, en devenant la première championne de France. Un titre obtenu six fois jusqu’en 1969. Et si elle a ensuite refermé la page de la compétition, le surf ne l’a jamais quitté. « La dernière fois que j’ai surfé c’était il y a six ans en Nouvelle-Zélande, je n’en avais pas fait depuis longtemps. Mais c’est comme le vélo : on retrouve tout de suite les réflexes. Et ça m’a fait énormément plaisir », se remémore-t-elle avec plaisir, du haut de ses 74 ans.

Cet été, 20 Minutes part à la rencontre de surfeuses passionnées de sensations fortes et d’immensités bleues. Après Justine Dupont et Léa Brassy, rencontre avec Marie-Christine Delanne, incontournable pionnière du surf en France.

Dans quelles circonstances avez-vous découvert le surf ?

Je m’y suis mise à l’âge de 12 ans en 1959, au début du surf à Biarritz. On surfait principalement à la côte des Basques où il y avait ce fameux plan incliné : une plateforme qui descendait jusqu’à l’eau où se retrouvaient les familles des premiers surfeurs : les Barland, les Plumcocq, les Reinhardt… Tout ce petit monde se retrouvait là, j’y allais aussi avec l’une de mes tantes dont je gardais les enfants. J’étais déjà sportive à l’époque et quand j’ai vu des garçons de mon âge qui se partageaient des planches, ça me faisait vraiment envie ! A un moment j’ai demandé à monter dessus et à apprendre, et ça a commencé comme ça. J’ai pris ma première vague puis je suis entrée dans la compétition jusqu’à la fin des années 1960. J’ai continué à surfer par la suite, mais sans participer aux compétitions.

Click Here: Williams Racing SuitAvez-vous eu un coup de cœur immédiat pour ce sport ?

Oui, et un gros ! A partir du moment où j’ai commencé à me lever et à être un peu à l’aise, j’ai toujours adoré être sur l’eau de cette manière. Sur une planche de surf il faut être très proche de la vague parce que c’est le seul sport de glisse où l’on est sur un support qui bouge et qui change tout le temps. On peut prendre toutes les autres formes de glisse, le surf a cette spécificité où il faut tout le temps s’adapter, être en symbiose. Et moi j’adore la mer de toute façon, c’est vraiment mon élément. Je suis née à Guéthary, sur la côte basque, chez moi, tout le monde nageait dès l’âge de trois ans.

Aujourd’hui la pratique du surf est très encadrée, le matériel très technique… A cette époque les conditions devaient être très différentes, c’était une véritable aventure ?

Oui, c’était quand même une phase un peu expérimentale ! Mais on a très vite eu de meilleures planches, d’abord fabriquées à Biarritz par monsieur Barland, qui a amélioré la technique, puis aussi avec l’arrivée de jeunes Américains et Australiens avec des planches qui étaient plus avancées techniquement. Après, le surf était beaucoup plus difficile qu’aujourd’hui, surtout pour les filles, parce que nous n’avions pas de leash [le cordon attaché à la cheville et relié à la planche] qui permet de ne pas perdre la planche. Et elles étaient très lourdes à l’époque ! Quand il fallait passer les vagues pour aller au large, il fallait se retourner dessous puis remonter. La planche pouvait être emportée par la vague, ce qui nous obligeait à retourner au bord pour la récupérer puis à repartir au large… Il fallait être vraiment sportive et savoir bien nager. Et puis il y avait le danger de se retrouver seule dans des vagues parfois grosses, sans planche, sans rien. Aujourd’hui, quand on tombe on peut s’y raccrocher, c’est une sécurité.

A l’époque on parlait surtout des hommes à l’eau et en particulier des surfeurs de Biarritz. Quelle ambiance régnait entre les hommes et les femmes ?

Plutôt qu’hommes et femmes, on était surtout des ados ! On était très soudés. Après sur l’eau, si je prenais une bonne vague et qu’il y en avait un qui n’avait pas la priorité et qui voulait la prendre aussi, il me fonçait dessus pour me la piquer, et bien sûr, je tombais… Il y avait un peu de machisme et de sexisme, c’est certain… Mais autrement non, on s’entendait très bien, on était la bande de la plage. Et puis il n’y avait pas du tout de préjugés contre les filles sportives en général, surfeuses en particulier, ce n’était pas l’époque de ma mère ! Après la guerre, le sport féminin était quand même très promu. Dans les années 1960, il y a eu de grandes sportives, Christine Caron [en natation], Annie Famose [en ski alpin]… Le sport féminin était quand même à l’honneur. Le surf était un sport d’hommes parce que c’était dur physiquement. N’importe quelle fille n’aurait pas pu en faire à l’époque, toujours à cause de cette histoire de leash. Aujourd’hui, il n’y a pas besoin d’être super baraquée, musclée et tout ça pour surfer. Il faut avoir de la force dans les bras, certes, mais c’est moins exigeant physiquement. Il y avait plus de garçons que de filles mais hormis quelques attitudes sur l’eau, on était bien acceptées et bien perçues. Il y avait quand même un certain respect, on appréciait les filles qui faisaient du surf, c’était courageux.

Vous avez participé aux premiers championnats de France de surf, que vous avez remportés six fois. Un palmarès incroyable !

Je ne sais pas ! Je ne vais pas faire la fine bouche, j’étais fière à l’époque c’est sûr. Mais ce qui est intéressant, c’est qu’au départ on devait être cinq ou six filles, et avant la fin des années 1960 une deuxième génération nous avait rejointes. Il y avait par exemple ma sœur Marie-Paule, qui a quatre ans de moins que moi. Puis, le mouvement a continué – les sites de surf se sont multipliés aussi – pour exploser dans les années 1970.

On comptait donc les surfeuses sur les doigts de la main à Biarritz quand vous avez commencé ?

Oui, on était une petite dizaine, après c’est allé assez vite quand même, cela a donné envie à d’autres plus jeunes de s’y mettre aussi. Et aujourd’hui, le nombre de filles qui font du surf dans le monde montre que c’est un sport pour toutes et tous ! Alors bien sûr ce n’est pas parti de Biarritz seulement, mais c’est un grand plaisir de voir comment ce sport s’est développé au féminin.

Vous êtes l’une des pionnières du surf en France, c’est une fierté pour vous ?

Pendant très longtemps je n’y pensais pas dans ces termes, mais depuis un certain nombre d’années, quand je vois comment le surf s’est développé, j’ai une petite fierté. Je trouve ça un peu impressionnant de me dire qu’en 1959, je montais pour la première fois sur une planche de surf. C’est un peu extraordinaire, c’est peut-être l’âge qui fait ça, je ne sais pas, mais je trouve ça un peu extraordinaire. Et que ça me soit arrivé à moi aussi ! C’est exceptionnel de pouvoir se dire qu’on a compté parmi les premiers !

Parmi les grandes surfeuses de notre époque, il y a Justine Dupont, que vous admirez particulièrement.

Ce qu’elle fait est incroyable ! Moi qui étais une surfeuse de gros à l’époque, et quand je dis « gros » cela n’a rien à voir avec les vagues qu’elle surfe, j’ai beaucoup d’admiration pour elle. J’aurais aimé être Justine Dupont. Surfer des vagues comme ça c’est extraordinaire ! Et c’est un courage incroyable. J’imagine aussi les sensations qu’elle doit avoir, ça doit être fantastique.

Au-delà de l’aspect sportif, c’est aussi état d’esprit selon vous le surf ?

Un état d’esprit, je ne sais pas. Je crois que chacun y met ce qu’il veut. En revanche pour moi ça a été une leçon de vie. Quand on va au large et que l’on voit cette vague arriver, qui se creuse et qui va se casser sur nous, on est obligé de ramer, même si on est crevé. Parfois il faut aller au-delà de ses forces car il faut y arriver si on ne veut pas se la prendre sur la tête. Et lorsque j’ai eu des coups durs dans la vie, j’ai toujours pensé à cette vague qu’il faut passer. Donner un dernier coup de bras pour la passer sinon on est emporté, on plonge, on est dans la lessiveuse. C’est une chose qui m’a profondément marquée et qui m’a fait avancer. Voilà ce que m’a appris le surf au-delà du sport.

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